Les ailes fragiles du Grand-Est : les papillons de notre région
Publié par Lili M, le 20 juin 2026
L’Azurée du serpolet, Le Cuivré des Marais, la Psyché du Gramen, ces noms poétiques ne désignent ni des créatures oniriques ni des légendes, mais bel et bien des papillons présents dans le Grand est, et dont la survie est fragilisée.
C’est dans le cadre des Mardis Natures, organisé par le GEPMA à la Maison des associations, que c’est tenu à Strasbourg une conférence sur les papillons, avec un accent sur ceux présents dans le Grand Est. L’occasion pour revenir dans cet article sur ce que sont ces créatures ailées, quelles sont les menaces auxquelles elles font face en prenant pour exemples des espèces présentes dans la région.
L’azuré du serpolet, Phengaris arion
Photo : Sonia Richaud
Qu’est-ce qu’un papillon ?
Un papillon est un insecte, appartenant au groupe des Lépidoptères. Cet ordre se caractérise par la présence de 3 paires de pattes, deux paires d’ailes recouvertes d’écailles.
Ils passent par 4 stades différents lors de leur cycle de vie : œuf, chenille, chrysalide et papillon, et effectuent ainsi une métamorphose complète (c’est-à-dire avec une refonte totale des organes : les membres, le système digestif ainsi qu’un changement dans le mode d’alimentation, les modalités de vue, etc ) pour passer du stade juvénile au stade adulte (aussi appelé imago).
Cycle de vie des papillons
Les lépidoptères sont répartis en deux groupes : les Rhopalocères et les Hétérocères. Il serait quelques peu abusif de parler des premiers comme des papillons de jour et des seconds comme des papillons de nuit, mais ce ne serait pas non plus complètement faux. Toutefois, ce qui distingue ces deux groupes ne sont pas leur apparitions nocturnes ou diurnes, mais bien la forme de leurs antennes. En effet, les Rhopalocères ont des antennes terminées par une masse, tandis que les Hétérocères ont simplement des antennes de formes diverses. Aussi on peut trouver des « papillons de nuit », des Hétérocères, qui vivent le jour, comme les Zygènes.
La Zygène du trèfle, Zygaena trifolii
Photo : Marc Solari
Interaction papillons-environnement : un ballet organisé au millimètre
Chaque être vivant interagit avec le milieu dans lequel il évolue, c’est une évidence pour tous : il faut bien se nourrir, s’hydrater, respirer, etc. Toutefois, les créatures sont plus ou moins dépendantes du milieu dans lequel elles évoluent. Certaines sont capables de vivre où bon leur semble quand d’autres ne peuvent survivre en dehors d’un écosystème bien spécifique. Et certaines sont également dépendantes d’autres espèces.
C’est le cas de nombreux papillons, qui dépendent d’une plante en particulier, ou de la famille de cette plante pour pouvoir pondre. Le Cuivré des marais par exemple, dépose ses œufs sur des feuilles de rumex, et rien d’autre. Le Damier du frêne lui préfère, comme son nom l’indique, le frêne. La Mélitée de la digitale elle, s’est associée aux plantain (et non à la digitale, le nom est piégeux). Ainsi, certains papillons ont coévoluer avec les plantes, de telle façon que leur cycle de vie coïncident à la perfection.
Le cuivré des Marais, Lycaena dispar,
photo : Marielle Tardy
Toutefois, dépendre d’une famille de plantes a beau comporter de nombreux risques et avantages (nutritifs ou défensifs par exemple), pour le papillon certains vont encore plus loin dans la coévolution et les interactions interspécifiques. Car certains papillons dépendent également d’autres insectes. En effet, l’Azuré de la sanguisorbe par exemple, présent notamment dans les Vosges, ne pond, comme son nom l’indique, que sur la sanguisorbe, une belle plante que l’on trouve dans les prairies. Mais ce n’est là que la première étape. Une fois la larve éclose, elle va chuter au sol et attendre patiemment de se faire récupérer, par des fourmis. Ces fourmis, cousines lointaines des lépidoptères, vont ainsi amener la petite larve dans leur colonie, et lui offrir le gite et le couvert, et leur permettre de devenir des adultes reproducteurs au terme de leur vie. Mais pourquoi les fourmis se donnent-elles la peine d’élever les petits d’autres espèces ? Ce n’est pas par générosité d’âme mais parce qu’elles se font leurrer : les larves de l’Azuré de la Sanguisorbe sécrètent des molécules qui les font passer pour des larves de fourmis ! Convaincue de s’occuper de leur propre descendance les fourmis les traitent alors avec le même soin, jusqu’à ce que les jeunes papillons rampent hors de la fourmilière, le plus rapidement, car leur production de phéromones semblables à celles des fourmis n’est pas éternelle. Gare aux tardifs qui se font démasqués, car les fourmis ne sont alors pas tendres avec les intrus et peuvent les attaquer sans sourciller.
L’azurée de la sanguisorbe, Phengaris teleius
photo: Dominique Vincent
La fragilité des papillons
La situation concernant les insectes et leur disparation est préoccupante, et les chiffres qui relatent les faits parlent d’eux-mêmes : les populations d’insectes volants ont chuté de 76 % en Allemagne en 27 ans, de 63 % au Royaume-Uni de 2021 à 2024.
En Europe, 14, 7 % des papillons sont en danger d’extinction. Dans le Grand Est, la situation n’est pas meilleure : 10 espèces éteintes depuis 2006, 11 en danger d’extinction critique, et 30% des papillons sont en danger.
La raison de ces pertes catastrophiques des populations d’insectes est reliée directement aux activités humaines. On compte deux menaces majeures pour ces insectes en Europe : l’agriculture, et le changement climatique. Bien sûr, ce ne sont là que les principales, et la liste pourrait être allongée facilement : destruction des habitats pour les ressources, activités de loisirs, pollution routière, … La Bacchante, un joli papillon aux ailes brunes bordées de motifs jaunes et blancs, vit en lisière de forêts, et son habitat est menacé par la perte de la gestion forestière en taillis ouvert, et par l’augmentation des surfaces utilisées pour faire pâturer les bêtes.
La Bacchante, Lopinga achine
Photo : Sonia Richaud
Ces diverses menaces sont évidemment la cause de la destruction de l’habitat des papillons, mais certaines causent également des conséquences moins visibles au premier regard : les phénomènes de coévolution entre les papillons et d’autres espèces présentes dans leur milieu sont des trésors de biologie, mais sont aussi des liens fragiles, délicats, qui peuvent être bouleversés radicalement à la moindre altération du milieu. Ainsi lorsque le changement climatique décale le rythme biologique des plantes et de certains insectes, les rythmes de tous les participants se décalent les uns des autres, et la survie des papillons est mise à mal.
Le Cuivrée de la bistorte est dépendant de la plante éponyme, qui vit dans les prairies humides des régions froides. Particulièrement sensible à la hausse des températures, cette petite fleur rose pourrait ne pas s’adapter au réchauffement climatique, et ainsi, entrainer à sa suite, la disparition du papillon qui lui est associé.
Le Cuivré de la bistorte, Lycaena helle,
photo: Bastien Louboutin
Aider les papillons
Afin de protéger efficacement et durablement les lépidoptères, il faut que des mesures nationales et européennes soient mises en place, afin que des politiques de protection voir de reconstruction d’habitats voit le jour. Bien sûr, cela est déjà le cas dans une certaine mesure, avec la classification des espèces protégées notamment, mais cela est bien loin d’être suffisant pour contre balancer les pertes actuelles dans les populations d’insectes.
Cependant, bien que des plans de grande échelle soient nécessaires, il existe également des petites actions que l’on peut réaliser, qui peuvent aider les lépidoptères :
- Ne pas utiliser de produit phytosanitaire
- Planter des espèces végétales adaptées et locales
- Aider au recensement des populations : plusieurs sites et associations le proposent. « Sciences participative au jardin : opération papillon » par exemple.
Sources :
Conférence de au Mardis Nature, organisé par le GEPMA
Ministère de la transition écologique et de la cohésion des territoires : plan national d’action en faveur des papillons de jours.
Vigie Nature
Marc Solari : photos et informations sur les papillons
OPIE Office pour les insectes et leur environnement
