Discrètes endémiques : la Salicorne de Vic-sur-Seille

Publié par Lili M, le 31 août 2026

Sur les bords des chemins, au détour d’une rue ou nichés entre des rochers, les végétaux de nos contrées font partie du décor, sans que l’on ne prenne le temps de les regarder vraiment, et quand on pense aux plantes rares et précieuses on se figure bien souvent qu’elles poussent dans des endroits lointains et mystérieux. Mais connaissez-vous vraiment les curieuses plantes poussent près de chez vous ? Je vous propose donc de partir à la découverte de trois de ces discrètes endémiques qui ne poussent que dans le Grand-Est et qui sont encore méconnues.

La première destination de notre voyage est une petite ville de Moselle, entre les prés et les pâturages, où une rare espèce de salicorne a élu domicile.

Les salicornes sont des plantes littorales qu’il est facile de croiser sur les bords de mer aux quatre coins du globe. Si ces petits végétaux au goût salé sont bien connus des promeneurs et gourmets, leurs cousines de l’intérieur des terres le sont peut-être moins. En effet, les salicornes se plaisent les pieds dans le sel, et de ce fait, bien qu’on les trouve majoritairement bercées par les embruns, elles colonisent également les mares salées continentales. On retrouve ainsi ces environnements singuliers à de nombreux endroits en Europe, dont la Lorraine.

Illustration 1: Prés salés de la vallée de la Seille, avec des salicornes rouges au centre

Ainsi, plusieurs espèces de salicorne peuplent les prés salés du Grand-Est, dont la salicorne rougissante et la salicorne ramossima, qui sont très répandue en Europe. Mais parmi ces plants aux allures d’arbustes boursoufflés se cache une autre espèce : la Salicorne de Vic-Sur-Seille, Salicornia emericii var. vicensis . Comme son nom l’indique, elle ne pousse que dans cette commune et nulle part ailleurs dans le monde.

La Salicorne de Vic-Sur-Seille est une plante annuelle aux teintes rouges et vertes, qui dépasse rarement les 20 cm de haut. Son allure particulière lui permet de se distinguer des plantes qui poussent aux alentours : ses rameaux sont charnus, presque globuleux, organisés en épis dressés. Ils renferment des réserves d’eau et de sel pour lutter contre la sécheresse et la dessication. Ses feuilles atrophiées sont en forme d’écaille et plaquées contre la tige, opposées deux à deux. La forme exacte de l’implantation de ses feuilles sur la tige ainsi que la disposition des épis sont des facteurs de détermination de l’espèce, de même que son nombre de chromosomes, mais ils demandent une expertise sur le sujet pour les identifier. Ses branches dodues portent à leur extrémités quelques fleurs, pales, groupées par trois et qui seront pollinisées par le vent. Une fois son cycle de vie achevé, soit du printemps à l’automne, la salicorne ne survit pas à l’hiver, et laisse ses graines dispersées par les pluies automnales dormir en attendant le retour des beaux jours.

Illustration 2:  Salicorne de Vic-Sur-Seille

Les saisons ont une nette influence sur les mares salées de Lorraines et sur le cycle de vie de la Salicorne de Vic. Ces prés façonnés par l’activité agricole il y a plusieurs centaines d’années sont inondés pendant l’hiver et l’automne, et s’assèchent progressivement durant la saison chaude. On peut donc retrouver des populations de Salicorne en été sur des terrains secs, mais grâce à leur incroyable capacité à résister à la sècheresse, elles survivent sans mal à ces environnements changeants. Il n’est pas rare de voir des salicornes à l’aspect décrépis en journée retrouver toute leur superbe le soir et la nuit avec l’humidité ambiante.

Toutefois, si les salicornes sont plus résilientes qu’elles n’en n’ont l’air, elles ne restent pas moins fragiles et soumises aux aléas des conditions dans lesquelles elles vivent, et de ce fait, de l’activité humaine. En effet, si les prés salés de Vic-sur-Seille ont été créés par les travaux agricoles par le passé, ils sont aujourd’hui menacés par cette même pratique : trop de pâturages et de cultures menacent l’équilibre des prés et les espèces présentes, mais l’absence d’entretien des parcelles ne permet pas au milieu de se maintenir. Façonnés par l’homme, ces prés doivent le rester pour perdurer. Aussi, certains sites sont désormais protégés en Lorraine, notamment dans la vallée de la Seille, ou la Salicorne de Vic peut ainsi pousser librement sur les quelques centaines d’hectares qui constituent tout son monde.

Illustration 3: Salicorne de la vallée de la Seille

Bibliographie et sources images :

  1. Arrêté du 3 janvier 1994 relatif à la liste des espèces végétales protégées en région Lorraine complétant la liste nationale—Légifrance. (s. d.).
  2. e-FloraSys : Species. (s. d.)
  3. Tela Botanica.
  4. Godé, L. : Le Parc naturel régional de Lorraine.
  5. Kerguélen : Clefs pour quelques genres de la flore française.
  6. Lahondère, C. : A propos des salicornes de Lorraine.
  7. Muller, S : Les plantes protégées de Lorraine : Distribution, écologie, conservation
  8. Learning from Salicornia : Physiological, Biochemical, and Molecular Mechanisms of Salinity Tolerance (2025).
  9. Pelt, J.-M. (2005). Nouveau tour du monde d’un écologiste. Fayard
  10. Agryco. (s. d.). Météo agricole Vic Sur Seille—57630 (Moselle).
  11. Natura 2000 PNR de Lorraine
  12. Commune de Vic sur Seille : Salicorne