Le portail de la brasserie de Vézelise, un témoin de la vie et la mort d'une brasserie du XIXème siècle

Publié par Musée Européen de la Bière, le 18 mars 2020   170

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Lors de votre visite au Musée Européen de la Bière, avez-vous déjà remarqué ce large portail en fer forgé d’un style étrange, richement décoré, présent devant l’entrée du musée ?

Vestige de la brasserie de Vézelise en Meurthe-et-Moselle, ce portail est l’une des pièces majeures des collections du Musée de la Bière tant par ses caractéristiques que par son histoire. De sa fabrication en 1893 jusqu’à la fermeture de la brasserie en 1972, ce portail aura vu la naissance et la disparition d’une entreprise brassicole de renommée nationale dont les activités furent reconnues sur l’ensemble du territoire français pendant plus de cent ans.

C’est en 1863 qu’Antoni Moreau (1837-1903), jeune contremaître de la brasserie Tourtel de Tantonville (54), et sa femme Flavie Bourguignon décidèrent d'ouvrir leur propre brasserie dans la petite ville de Vézelise, peuplée d'environ 1500 habitants. Pour ce faire, ils louèrent à la commune l’ancien moulin à plâtre situé sur les berges d’un petit ruisseau, l’Uvry. Les débuts de l’entreprise furent compliqués. Dans cette région, les vignes étaient présentes en nombre pour la fabrication du vin et la concurrence entre brasseries était rude.

Brasserie de Vézelise dans l'entre-deux-guerres (Coll. privée)
Brasserie de Vézelise dans l'entre-deux-guerres (Coll. privée)

Bien que pouvant être considéré comme un établissement concurrent, situé à seulement sept kilomètres de son emplacement, le directeur de la brasserie Tourtel accepta de venir en aide à la jeune entreprise Moreau pour le transport des bières et des matières premières. Grâce à ce soutien, mais également à la qualité de sa bière de fermentation basse, la petite brasserie industrielle prit de l'ampleur en diffusant ses bières localement, sur le territoire meurthe-et-mosellan mais aussi dans le reste de la France : le Nord, les Ardennes, le Midi et la vallée du Rhône. En 1880, le succès est déjà au rendez-vous partout ce qui permet au couple Moreau de devenir pleinement propriétaire de la brasserie. Sa plus grande réussite est d’avoir gagné le marché de la bière à Paris où les boissons bavaroises furent petit à petit remplacées par la bière de Vézelise dans les cafés et bars. En 1897, Antoni Moreau participa même à la création de la prestigieuse Ecole de Brasserie de Nancy.

Plaque publicitaire pour la bière de Vézelise, métal, 26 x 41 cm, CDMB 2005.8761, Musée de la Bière

Décédé en 1903, Antoni Moreau laisse à sa femme et ses quatre fils le soin de continuer le développement de son entreprise qui est renommée « Société de Brasserie de Vézelise, Moreau et Cie ». D'un ancien moulin, la brasserie est devenue en 1910 un véritable complexe industriel muni de deux salles de brassage, de grandes caves modernes, deux maisons de brasseurs, de grandes écuries et même un parc automobile de vingt-cinq camions. En 1913, la brasserie de Vézelise produit alors plus de 90 000 hl par an alors que sa grande sœur de Tantonville stagne aux environs de 50 000 hl par an. Avec ce succès, la famille Moreau investit dans la région en gérant le grand café l'Excelsior en face de la gare de Nancy, en rachetant la grande malterie de cette même ville mais aussi et surtout en participant à la création de la Grande Brasserie Ardennaise (GBA) à Sedan.

La Première Guerre mondiale ne freina que temporairement les activités de la brasserie de Vézelise. Grâce à l’essor démographique d’après-guerre en Meurthe-et-Moselle et au manque d'importation de bières allemandes, la brasserie Moreau va garder son monopole jusqu'en 1950. Durant l'entre-deux guerres, sa production atteint même les 200 000 hectolitres après d’importants travaux de modernisation.


Étiquette "Mars double-bock" de la brasserie de Vézelise-Saint-Nicolas-de-Port, papier, 7 x 11 cm, CDMB 2006.12.7640, Musée de la Bière de Stenay.

Dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'activité commence pourtant à s'essouffler, la production de bière n'augmente pas mais reste néanmoins constante. Plus aucune modification n’est apportée à la brasserie si ce n’est une salle de soutirage bouteilles. En 1959, la famille Moreau décide de s'associer à la brasserie de Saint-Nicolas-de-Port avant que l’entreprise ne soit rachetée en 1971 par le groupe belge Stella Artois. Un an plus tard la Société de Brasserie de Vézelise ferme définitivement ses portes. L’ensemble de son matériel est revendu et dispersé. Actuellement quelques vestiges de la brasserie de Vézelise sont visibles au musée de la Brasserie de Saint-Nicolas-de-Port.

Ce portail en fer forgé du style Art Nouveau (Ecole de Nancy), fabriqué en 1893, en plein âge d’or de la brasserie Moreau fut acheté par le Groupement Archéologique dans les années 1980 et installé devant l'entrée du Musée de la Bière dès son ouverture.

Portail de la brasserie de Vézelise, fer forgé, CDMB 2005.9509, G. Ramon, Musée de la Bière de Stenay


Photo visuel principal : Portail de la brasserie de Vézelise, fer forgé, CDMB 2005.9509, G. Ramon, Musée de la Bière de Stenay

Sources : VOLUER P., Le Grand Livre de la Bière en Lorraine, éditions Place Stanislas, 2008, 190p.

                    DORMAGEN S. et M., Vézelise 54330 Guide de Visite, 2018, 30p.

                   Blog Daniel Lemberger : http://daniel.lemberger.pagesperso-orange.fr/daniel_lemberger/01vezelise/pagebrasseriedevezelise.html